Dix heures. Je me lève. Comme d'habitudes je suis à la bourre. Ce matin je commençais à huit heures, mais hier soir j'ai du prendre des somnifères parce que je n'arrivais pas à dormir, là encore, comme d'habitude. J'en ai pris deux. Je crois que c'était un peu trop puisqu'en en prenant un quart on dort déjà bien. Je me traîne jusqu'à la salle de bain et me douche, mais ne me lave pas les cheveux. Trop la flemme. Voilà une semaine et demie que je ne les ai ni coiffés, ni lavés. Je n'ose même plus les toucher, mais compte tenu de leur état, aujourd'hui je fais un effort et je les attache, c'est un minimum. J'enfile ma jupe kaki, le premier pull qui me tombe sous la main, un noir pour changer, et mes vieilles Doc. Elles ont déjà bien vécues mais je n'envisage pas de les quitter: trop de souvenirs. J'attrape mon sac encore ouvert de la veille avec dedans juste de quoi écrire, et je pars. Ce matin, comme tous les matins, je fais le chemin à pieds. Mes parents en ont assez de m'attendre pendant des plombes et je ne tente même plus de prendre le bus parce que je le loupe à chaque fois. Je n'y peux rien si les horaires des transports en communs ne sont pas adaptés aux miens...
Onze heures. J'arrive aux abords du lycée mais n'y vais pas maintenant. Je passe le reste de la matinée chez un pote, Malet. Ce n'est pas son vrai prénom. En réalité il s'appelle Jérémy, mais c'est juste en référence a Léo Malet qui était anarchiste et dont Jérémy partage les idées. Malet habite donc à côté du lycée, ce qui est pratique lorsque nous voulons non pas sécher, mais nous dispenser nous même des cours que nous jugeons inintéressants. Je sonne. Pas de réponse. Il doit être là, on s'était mis d'accord hier soir. Je sonne de nouveau et je fini par entendre bouger. Des pas lourd arrivent. Il m'ouvre. Je le regarde, il est rouge et à l'air plutôt absent. Il m'explique qu'il vient de se rouler un joint, mais je n'arrive pas trop tard et il me le passe. En fait, il ne sait pas que je sais que tous les vendredis chez lui c'est un vrai baisodrome. Et comme il est bi, il n'y a pas que des filles. Par contre, je ne sais pas comment il fait pour faire partir ses "conquêtes" sans que je les vois. Qu'importe. On reste donc chez lui jusqu'à midi puis on va rejoindre les autres à la cantine. J'embrasse Blanche, ma belle, et m'installe à la table. On ne mange pas grand chose, c'est trop dégueulasse. Après ce merveilleux repas, on va s'étaler dans l'herbe, derrière les buissons, notre endroit favoris, pourrait-on dire. Là, les autres lycéens nous laisse en paix après nous avoir observé comme des bêtes de cirque lorsqu'on traverse la cour.
On passe un moment tous ensemble puis la sonnerie de quatorze heures retentie. Je ne vais toujours pas en cours. Je préfère rester avec ma belle et Malet plutôt que d'aller en maths pour me prendre la tête. On reste derrière les buissons à fumer, discuter de tout et de rien, jouer de la guitare, c'est celle de Mathieu, un copain et membre de notre groupe. Elle est vieille et dans un sale état, mais le son est tout de même resté bon.
Seize heures. Je me décide enfin à aller en cours. Je passe par le bureau de la vie scolaire, reçoit mon énième mise en garde pour absence injustifiée, et monte les trois étages pour aller en chimie et en bio après. Là je retrouve une de mes amies les plus proches, Anna. Mon amour ne vient pas, bien que l'on soit dans la même classe. Cette heure est longue, très longue malgré les pissettes d'eau distillée.
Dix-sept heures. Pause clope, et on remonte donc pour une heure de bio qui ne passe pas plus vite.
Enfin dix-huit heures. Je rentre chez moi avec Blanche, et attrape ma basse. Mon ange se met à sa batterie et on joue toutes les deux en attendant les autres membres du groupe. Ils arrivent tous ensemble avec une demie heure de retard. Ca ne m'embête pas, c'est une question d'habitude. On répète, on élabore la set-list pour le concert de vendredi prochain et on répète encore jusqu'à deux heures et demie, heure où le voisin vient parce qu'il râler qu'il est tard et qu'on fait du bruit. On débranche les amplis, on range tout notre matériel et on monte dans ma chambre pour s'installer une sorte de campement. A cinq dans ma piaule de douze mètres carrés, on n'aura pas froid. Je vais chercher quelques bières, on fume. Malet et Mathieu s'endorment les premiers, Anna, Blanche et moi continuons à discuter, mais pas longtemps car on fini également par nous endormir, sans nous en apercevoir.